Petite, je me retrouvais très souvent dans la cave de mon père. A l'époque, il était peintre en bâtiment et posait du papier peint. Les odeurs qui s'échappaient de tous les pots de peinture entassés dans cette cave m'envahissaient jusqu'au plus profond de moi, je passais des heures à admirer les catalogues de tapisserie, grands pages de formes, de couleurs, de reliefs, fleurs, taches, rayures ou dessins. J'adorais aussi les vacances chez mon grand-père maternel... je ne savais pas qu'il était aquarelliste et qu'il réparait les vieux cadres anciens... il vivait , avec ma grand-mère , à Bagnols sur cèze, dans le sud de la france. Je me souviens très bien de cette vieille maison, dans une ruelle sombre mais fraîche en été. Je dormais dans un grand lit à baldaquin, avec un énorme édredon sur lequel je n'amusais à plonger, comme dans une piscine. Je me souviens aussi de mon grand-père, Paul, qui adorait me faire des blagues... Il avait les cheveux tout blancs et me racontait que c'était parce qu'il ne se rinçait pas bien quand il faisait son shampoing... « Papy, je peux monter dans le grenier ? » et je grimpais aussitôt dans un royaume d'art... Des toiles, des encadrements, plein de livres rouges, reliés or, des boites, des vieux meubles...des pinceaux, des tubes de peintures, des dessins... mais ce qui m'attirait le plus, c'était des petits carrés de feuilles pliées dans lequel il y avait de fines feuilles d'or. Evidemment, je ne pouvais m'empêcher d'y mettre les doigts, et mon grand-père riait quand il me revoyait descendre avec du doré sur les doigts ou le nez. « Montre moi ton pouce, Pitchoune... tu as un pouce de peintre... » me disait-il. Quelques années plus tard, je m'envole vivre aux Antilles... A la Martinique, jusqu'à mes 19 ans. C'est là que j'ai emmagasiné toutes ces couleurs que l'on retrouve très souvent sur mes tableaux... pendant les cours, au collège ou au lycée, j'écoute pas grand chose et je passe le plus clair de mon temps , à dessiner dans les marges de mes cahiers... Ce n'est qu'à l'arrivée de mon second garçon, que j'ai décidé de prendre des cours de peinture à l'huile avec un professeur de Beziers... Ce fut la révélation de ma vie, les tableaux, les salons, les expositions... Puis je deviens moi même professeur de pastel, je monte mon atelier mon association... Le plus grand plaisir de la vie est de faire ce que l'on aime, et je pense sincèrement que j'y suis parvenue !